La construction d'un télescope d'amateur

Manina
Manina

le 01/03/2009 à 18:35

La qualité de l'optique :

Quelques instruments du commerce ont vraiment une piètre qualité optique. Il me semble que ce sont aujourd'hui des cas exceptionnels. Habituellement, leur niveau de qualité optique est moyen (λ/6 à λ/10). Seuls des amateurs très compétents sont capables d'apprécier les défauts de qualité de ces images.

La qualité de la monture :

Un constructeur amateur, même débutant, pourra faire une bonne monture, alors que tous les télescopes du commerce que j'ai examinés ont des montures très insuffisantes.

Ces instruments vibrent trop. Le moindre vent complique l'observation. La mise au point est très difficile, ce qui est gênant lors des observations planétaires car il faut la réajuster en permanence. Les imprécisions du mécanisme d'entraînement rendent fastidieuses les longues poses photographiques car l'instrument suit mal les astres dans leur mouvement apparent. Les cercles de coordonnées sont trop sommaires pour être efficaces.

Comment doit-on s'y prendre pour construire un télescope :

L'inachèvement (en fait, l'abandon) est le seul échec possible dans cette tâche. Le but du constructeur sera donc de terminer ce qu'il a commencé.

Il faut tout d'abord se documenter et lire :

- "La construction du télescope d'amateur" de Jean TEXEREAU
- "Le guide de l'astronome amateur" de Didier GODILLON
- "Lunettes et télescopes" de André DANJON et André COUDERC
- etc...
Il faut aussi en parler avec ceux qui ont déjà construit leur instrument.

Pour son premier instrument, l'amateur devra construire un télescope "standard". C'est à dire un Newton de 200 mm de diamètre équipé d'une monture équatoriale. Il devra éviter tout montage exotique. Je lui conseille de reproduire un appareil qui fonctionne déjà comme le télescope de 200mm VOYAGER de notre association.

La première décision à prendre concerne l'optique. Doit-il réaliser ou acheter cette optique? La réalisation d'un miroir de 200 mm ouvert à F/D=5 ou 6 est à la portée d'un bricoleur soigneux et motivé. Elle nécessite une centaine d'heures de travail. Une première expérience dans la fabrication d'un tel miroir est nécessaire avant d'aborder la taille d'un réflecteur de plus grand diamètre.

Pour le reste de l'instrument, il n'y a pas de choix, il faut recopier des solutions déjà éprouvées. Un grand nombre d'amateurs veulent essayer des solutions originales dès leur première fabrication. Cela aboutit systématiquement à un échec.

Des constructeurs novices me demandent parfois comment réaliser un montage que je leur déconseille.

A quelques mots près, je retrouve souvent le dialogue suivant :

- Peut-on utiliser une "banane de 2CV" pour faire une monture allemande?, me demande-t-on en faisant allusion à l'articulation de la suspension de cette voiture mythique de Citroen.
Je ne peux pas m'empêcher d'esquiver la réponse en posant une autre question :
- Pourquoi veux-tu faire une monture allemande pour ton Newton de 200mm?
A ce moment mon interlocuteur marmonne dans sa barbe et ne me donne aucun argument valable. Il peut même manifester une mauvaise humeur.
- Parce que c'est bien, me dit-il enfin.
- Je te déconseille de fabriquer une monture allemande pour cet instrument.
J'ai alors droit à une envolée "lyrique" et même à des réprimandes. Mais mon collègue ne cherche aucunement à comprendre les raisons de mon conseil. La conversation se bloque en partie, il ne saura jamais pour quelle raison la monture allemande convient très mal à son cas de figure. Il me dit :
- Untel a déjà fait une monture allemande et il en est très content.
- Eh bien!, lui dis-je, demande donc les conseils à Untel car moi je n'ai jamais réalisé de monture allemande pour un télescope comme le tien.
La conversation se termine là. Mon collègue est frustré et de mauvaise humeur. Je suis moi-même ennuyé, je n'ai pas fait passer mon message.
J'ai eu cette conversation au sujet d'autres détails techniques tels que :
- forme du tube (ronde, octogonale,... )
- mécanisme d'entraînement à vis sans fin.
- Position du mécanisme de déclinaison.
- Chercheur à renvoi coudé.
- Couleur du tube.
- Monture métallique...
- etc...

Quels résultats peut-on obtenir:

Un télescope correctement fabriqué par un amateur fournira au moins tout ce que l'on peut attendre d'un instrument acheté dans le commerce.
Si le constructeur a été soigneux avec l'optique, les images fournies seront plus détaillées. Si le tube a été réalisé en bois et largement dimensionné les images seront moins influencées par la turbulence de l'air à l'intérieur de l'instrument. De plus, comme nous l'indiquions plus haut la qualité de la monture apportera beaucoup de satisfaction.

Mais le résultat le plus agréable est sans doute le plaisir d'avoir construit un instrument performant avec ses propres mains et la satisfaction d'admirer les belles images et les superbes photographies qu'il fournit.

L'astronome amateur qui a l'habitude de finir ce qu'il commence et qui est sûr d'éprouver de la joie dans la fabrication d'un instrument d'optique doit se lancer dans cette aventure. La construction d'un télescope d'amateur lui apportera de grandes satisfactions et une fierté bien méritée.

source:http://serge.bertorello.free.fr/cta/cta.html


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